La folle nuit du Dimanche 23 septembre 2012 au Lundi 24 du même mois et de la même année
Dimanche 23 septembre 2012, début de soirée : ça y est, Fabienne a perdu les eaux, les contractions se rapprochent et se font de plus en plus forte. Un vent d'hystérie collective souffle sur nos têtes tandis que nous dînons plus ou moins calmement. Peu après 22h30, alors que ces demoiselles sont au lit, Nicholas et Fabienne me confient la maison et partent à l'hôpital.
Ils en reviennent à minuit, un peu agacés. On leur a dit que ça n'était encore que le début et qu'il se pouvait fort bien qu'on y soit encore dans deux jours. Ils ont donc été priés de rentrer chez eux et d'attendre. Fatiguée, je les laisse gérer ça entre eux -ma présence n'étant, de toutes manières, par requise- et me couche. Une heure plus tard, ce sont les cris de Fabienne qui me réveillent. J'entend Nicholas qui parle en anglais au téléphone, j'en conclus un peu hâtivement que la situation est sous contrôle. Des bruits de pas précipités dans l'escalier me détrompent, et je finis par me lever et chausser mes lunettes. J'arrive sur le palier de ma chambre juste à temps pour voir passer devant moi un ambulancier chargé d'un énorme sac, à qui Nicholas indique la chambre du deuxième étage.
- Je peux vous aider, Nicholas ?
- Non... Oui... Descend fermer la porte.
Je m'exécute, puis remonte, claquant des dents de stress (oh, ça va, hein ?).
- Tout va bien ?
- Je ne sais pas. Elle va sûrement accoucher ici, c'est la merde... Si les filles se réveillent, emmène les en bas, mets-les devant un film...
Puis de disparaître à l'étage en me laissant seule avec mon trouillomètre qui descend dangereusement. Je m'assois dans l'escalier pour maîtriser mes tremblements. La petite voix de Capucine me fait aussitôt me relever pour courir dans sa chambre. Elle est assise dans son lit, les yeux tournés vers le plafond et l'étage, d'où l'on entend sa mère crier.
- Ça fait peur, je tremble...
- Je sais, moi aussi. Elle va accoucher ici.
- Ici ? À la maison ?
- Oui, un ambulancier vient d'arriver. Tu devrais essayer de te rendormir, tu as école demain.
- Je ne sais pas si je vais y arriver...
- Oui, je te comprend, mais essaye quand même. Si ça ne va pas, viens me voir, je suis dans le couloir... Tu veux que je reste avec toi ?
- Je veux bien, oui.
Nous voici à deux dans le grand lit de la petite, moi sur la couette avec mes lunettes, mon pull, mes chaussettes et mon téléphone, elle sous la couette avec son pyjama et ses doudous. Ça crie encore, j'entend les pas de Nicholas, je ressors voir si ça va en enjoignant à la petite d'essayer de dormir. Nicholas remonte. Pas plus de dix minutes ont dû s'écouler depuis l'arrivée de l'ambulancier. Et puis j'entend pleurer. Un vagissement de nouveau-né annonçant à grands cris sa venue au monde -si, avec tout ce barouf, on n'a pas réveillé tout le quartier... Je m'en vais toucher l'épaule de Capucine.
- Je crois que ton frère est né, écoute.
Nous tendons l'oreille. Définitivement, Fabienne ne cris plus, son fils a pris le relais. L'hystérie et le stress ont cedé la place à la joie. Je ressors dans le couloir en entendant Juliette se lever dans sa chambre, et la réceptionne sur son palier, visiblement complètement larguée.
- Mais qu'est-ce qui se passe ?
- Chut ! Écoute...
Je manque éclater de rire en la voyant ouvrir des yeux immenses et laisser tomber sa mâchoire sur le parquet à mesure qu'elle prend conscience que, ce qu'elle entend, ce sont bien les cris d'un nouveau-né.
Je passe les minutes suivantes avec mes deux louloutes pendues à mes bras, au milieu des "Mon frère est né ! Mon frère est né !". Nicholas fait des allées et retour entre le deuxième et le premier étage, m'envoi ouvrir à deux autres ambulanciers, puis me demande d'attraper les deux chats qui gambadent gaiement au milieu de tout ce bazar, dans les jambes des uns et des autres.
Le froid finit par avoir raison de notre enthousiaste et nous nous réfugions dans le grand lit de Capucine, toutes trois emmitouflées dans nos couettes, à regarder des vidéos sur mon Iphone pour tromper le temps. Nicholas descend régulièrement nous tenir au courant, mais il n'a pas besoin de nous le dire pour qu'on comprenne, en entendant le bébé pleurer et les ambulanciers rire, que tout va bien. Je descend ouvrir pour la énième fois, cette fois c'est une sage femme qui nous est envoyée par la clinique de Chelsea, en compagnie d'un infirmier. Ils sont désormais huit, là haut, autour du nouveau né. J'ai du mal à tenir les filles occupées, elles rêvent de monter voir leur frère, mais la salle de bain des parents, où a eu lieu l'accouchement, est un vrai champ de bataille, et Nicholas préfère nous savoir à l'étage du dessous.
Finalement, tout ce beau monde doit s'en retourner à l'hôpital pour les examens habituels. Bien entendu, quand le petit garçon arrive enfin à notre étage, dans les bras de son Papa, les filles s'empressent autour de lui. Lucien (puisque c'est son nom) nous fait le grâce d'un délicieux bâillement et d'une adorable petite main blanche et dépourvue d'ongles. J'ignore comment il prend les baisers dont le couvrent ses deux soeurs avant de le laisser enfin partir pour l'hôpital, mais je vous promet de l'interviewer dès son retour.
Il est deux heures et demi du matin quand, alors que je suis la dernière adulte présente dans la maison, je réalise que je dois prendre les choses en main au moins jusqu'à demain matin. Je remet les filles au lit -celui de Capucine, allez, ça ne nous fera pas de mal, un peu de compagnie. À trois, nous y sommes un peu serrées, mais après tout : plus on est de fous plus on rit, n'est-ce pas ? Malgré toute mon autorité, cependant, je ne parviens à faire revenir le silence que vers 3h30. Inutile de préciser que la sonnerie du réveil, à 7h, a été accueillie un peu rudement. Nicholas est revenu dans la nuit, mais Fabienne et Lucien sont toujours à l'hôpital. Nous avons expédié les filles à l'école, et l'on devrait voir revenir le bébé et sa mère dans le courant de la journée.
Voilà. Le petit Lucien est né aux environs de 1h15, le 24 septembre de cette année 2012. L'année du dragon chinois, d'ailleurs, en voilà une bonne augure !
Sur ce, je vous laisse, je suis crevée. Je vous poste dans la semaine les récits de la suite de mon week-end (à Covent Garden), puis de celui de cette semaine (j'ai été au Tate Modern ! Et je me suis noyée. Aussi.).
À bientôt, tout le monde ! See ya, comme on dit ici !
Jo'
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